Pour Dominique Langer, la commémoration de l’Appel du 18 juin 1940
revêt une dimension particulière, personnelle et familiale, au-delà de
l’hommage historique : Marcel et Arnaud Langer, son père et son oncle,
jeunes militaires et aviateurs, ont embarqué à Port-Vendres pour Londres
afin de poursuivre le combat et rejoindre le Général de Gaulle, qui les
a nommés Compagnons de la Libération.
À Cerbère, Dominique conserve précieusement les souvenirs de ses
racines dans la maison même qu’a habitée sa grand-mère, fille de
Joséphine Sanvicens, surnommée "la Papète", cette transbordeuse
d’oranges à l’origine de la première grève de femmes en France. "C’est grâce à la Papète que je suis là aujourd’hui ", confie Dominique en évoquant son histoire familiale.
Polytechnicien, Marcel Langer entend l’appel du Général de Gaulle depuis la
base militaire de Cazaux, où il est en formation de pilote de chasse.
Scandalisé par la politique de collaboration, il décide de rallier
l’Angleterre. Il entend dire que le gouvernement de Vichy réquisitionne
des paquebots pour rapatrier des officiers étrangers dans leur pays et
veut profiter de cette opportunité. "Mon père n’était pas un aventurier, mais il avait des valeurs morales assurées", poursuit Dominique.
À Port-Vendres, Marcel tombe nez à nez avec son frère Arnaud, venu de sa base d’aviation de Tarbes pour des raisons identiques. Ils repèrent
un groupe de Polonais, parlent avec eux… en latin et embarquent. À Oran,
ils sont arrêtés par la police française, réussissent à s’enfuir dans
le souk, se cachent deux jours dans un hammam et parviennent à trouver
un bateau pour Londres.
Marcel devient pilote de la Royal Air
Force, avec galons français. Il est ensuite envoyé préparer la
résistance dans les colonies, avant d’intégrer le groupe de bombardement
Lorraine. Scout de l’air depuis ses 15 ans, son frère Arnaud est, quant
à lui, un as de l’aviation, avec Pierre Mendès-France comme navigateur
(celui-ci l’a décrit dans ses mémoires) et Romain Gary comme
observateur. Dans La promesse de l’aube, le pilote aveugle qui ramène son avion à sa base, c’est Arnaud.
Après
guerre, Marcel devient secrétaire d’État au Ministère de l’air. Il a
été honoré de la Distinguished Flying Cross et était commandeur de la
Légion d’honneur. Il a épousé Colette, petite-fille de la Papète. "Ils se sont retrouvés autour du goût indéfectible de la liberté ", témoigne Dominique. Aucun de leurs six enfants n’a voulu devenir aviateur.
Jeudi 18 juin, Dominique a choisi de lire Aux aviateurs de la France libre, un texte du Général de Gaulle, devant la stèle des aviateurs de Port-Vendres. " Je suis à la croisée des héritages de la famille Suchard-Pernod et de la syndicaliste La Papète, deux mondes aux antipodes, résume-t-elle. Et je partage pleinement cette affirmation de Freud : "Il faut se rendre digne de l’héritage".
https://www.lindependant.fr/2026/06/16/marcel-et-arnaud-langer-de-cerbere-les-ailes-de-la-liberte
https://www.ordredelaliberation.fr/fr/compagnons/arnaud-langer
https://francelibre.net/arnaud-langer/
https://www.ordredelaliberation.fr/fr/compagnons/marcel-langer