il n'y a pas qu'en France que les Canadair manquent à l'appel...
un article de Javier Ortega Figueiral dans la Vanguardia
Un Canadair descarga en Pelayos de la Presa el pasado domingo OSCAR DEL POZO / AFP
Un problème de contrat de maintenance réduit la flotte d'avions de lutte contre les incendies. L'achat de sept nouveaux appareils a été approuvé, mais De Havilland Canada ne prévoit pas de commencer les livraisons avant le dernier trimestre 2028, et les équipages nécessitent une période de formation.
L'Espagne et la France ont été en proie aux flammes ces derniers jours. Des centaines de pompiers ont lutté contre le feu sur le terrain, bien que ce soient les moyens aériens qui accaparent les photos et les vidéos : hélicoptères et avions, avec les Canadair — ces appareils amphibies — dans le rôle de vedettes malgré elles.
Tout comme le bruit d'un hélicoptère de secours en montagne ou en mer signale l'arrivée des sauveteurs, le vrombissement des moteurs des Canadair CL-215T et CL-415 annonce une opération d'envergure pour éteindre un incendie de forêt : 6 000 litres largués à chaque passage. Surnommés *Focas* (phoques) – d'après leur indicatif radio – mais aussi affectueusement *botijos* (ces cruches en terre cuite traditionnelles) en référence à leur cargaison, ce sont les avions les plus admirés et les plus appréciés de la saison. Pourtant, cet été, l'Espagne en possède moins que nécessaire.
Seuls sept ou huit des quatorze Canadair de la flotte de l'État —
composée de dix CL-215T et de quatre CL-415 — étaient opérationnels. Le
ministère de la Défense, qui exploite et assure la maintenance de ces
appareils par l'intermédiaire du 43e Groupe de l'Armée de l'Air, s'était
engagé à en maintenir au moins dix en service tout au long de la
saison. Cet engagement n'a pas été tenu.
À l'origine du problème se trouve l'échec du contrat de 22 millions d'euros — bloqué depuis quatre ans — visant à moderniser l'avionique des appareils CL-215T. Les prestataires, Sirium et Gestair, ne disposaient pas de la documentation technique du constructeur canadien nécessaire à la mise à niveau des avions, alors même que le cahier des charges l'exigeait. Le ministère a augmenté le montant du contrat de 2 millions d'euros pour débloquer la situation, mais un concurrent, Avincis, a contesté cette modification ; le Tribunal administratif central des recours en matière de marchés publics a tranché en sa faveur, entraînant la résiliation du contrat.
Par ailleurs, la concrétisation d'une solution à long terme prendra des années. En juillet 2024, le Conseil des ministres a approuvé un contrat de 375 millions d'euros pour l'acquisition de sept nouveaux appareils DHC-515, dotés d'une avionique de pointe et d'un simulateur de vol dédié. Toutefois, De Havilland Canada ne prévoit pas de débuter les livraisons avant le dernier trimestre 2028, l'Espagne devant être le deuxième pays à en bénéficier, après la France. Compte tenu du temps nécessaire à la formation des équipages, le premier appareil pourrait ne pas être opérationnel avant l'été 2029.
Les quatre avions CL-415 que les gouvernements d'Athènes et de Rome ont envoyés pour lutter contre les incendies à Madrid et à Ávila sont essentiellement les mêmes appareils que l'Espagne devrait déjà avoir en service au sein de sa propre flotte. Cette aide gréco-italienne ne constitue pas une opération de sauvetage humiliante, mais plutôt le fonctionnement normal d'un système que l'Espagne a contribué à bâtir et auquel elle participe également. Le mécanisme de protection civile de l'UE sollicite d'abord les offres volontaires des États membres et, si celles-ci s'avèrent insuffisantes, fait appel à la réserve rescEU – laquelle comprenait, cet été, 22 avions et cinq hélicoptères répartis dans douze pays. L'Espagne a par le passé apporté ses propres Canadair à ce dispositif commun et les a déployés au Portugal, en Grèce et dans les pays baltes lorsque des incendies de forêt y faisaient rage.
L'attention actuellement portée aux « Focas » (avions amphibies) occulte une flotte aérienne de lutte contre les incendies bien plus vaste : des dizaines d'Air Tractor — qui s'approvisionnent en eau au sol — et leur variante amphibie, le Fire Boss, côtoient les hélicoptères de lutte contre le feu, de coordination et de transport d'équipes affrétés chaque été par le ministère de l'Agriculture et les autorités régionales. Cette flotte porte elle aussi ses stigmates : les lourds hélicoptères Kamov — reconnaissables à leur conception et à leur aérodynamisme singuliers — restent cloués au sol, les sanctions contre la Russie ayant coupé l'accès aux pièces détachées et aux techniciens chargés de la certification. Sur les huit appareils dont dispose l'Espagne, aucun n'a volé depuis 2024.
Rien de tout cela ne diminue le mérite des équipages qui, chaque été, risquent leur vie en pilotant ces appareils à basse altitude au-dessus des flammes ; ils forcent le respect, mais nous ne devons pas faire peser sur leurs épaules — ni sur leurs ailes — une responsabilité qui ne leur incombe pas. Aucun Canadair, aussi moderne soit-il, ne peut éteindre un incendie né d'un paysage à l'abandon, dépourvu de pâturage, de débroussaillage ou de gestion forestière. La meilleure prévention des incendies ne passe pas par les airs ; elle réside dans un pays qui prend soin de son territoire dès le mois de janvier, et pas seulement en août. Les *Focas* resteront les héros visibles de chaque campagne, cet été comme dans les années à venir. Pourtant, la leçon fondamentale que l'Espagne semble retenir chaque mois de juillet pour l'oublier aussitôt en octobre est que les feux de forêt n'attendent pas que la paperasse soit réglée et qu'ils ne peuvent être éteints depuis les airs uniquement.
Javier Ortega Figueiral

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